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interview

 

« L’idée n’est pas de percer le mystère de ces lieux. Pas leur faire dire leur vérité à tout prix, pour un public qu’on imagine vouloir cela, mais simplement donner l’occasion d’y prendre goût. »

 

Nora Barbier, étudiante en 5ème année de l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux a été invitée à penser un parcours durant le Week-end de l’Art Contemporain qui se déroule à Bordeaux du 28 septembre au 1er octobre. Une collaboration Théophile Merchadou, lui aussi étudiant avec qui elle a écrit le texte « Luxe sans histoires » venant illustrer le choix d’une balade en 8 temps.

 

 

Nora, peux-tu nous parler de ton parcours ?  

 

 

J’ai fait des études de philosophie à la Sorbonne, puis j’ai fait un an à Berlin en échange. J’ai fait un Master 2 de philosophie contemporaine cohabilité entre l’EHESS et l’ENS et un Master 2 en Etude de genres à Paris VIII. Puis, j’ai travaillé dans le cinéma pendant un an et demi chez Capricci qui travaillent principalement avec des artistes et / ou réalisateurs comme Albert Serra ou Jean-Charles Hue. L’année dernière, je suis entrée aux Beaux-Arts de Bordeaux en 4ème année et je viens de passer une partie de cette année 2017 à Athènes en pleine Documenta 14, événement d’art contemporain d’origine allemande qui a lieu tous les 5 ans.

 

 

Quelque chose t’a particulièrement plu durant ce voyage ?

 

 

J’ai eu la chance de faire une performance de durée très longue de 6 jours pour Georgia Sagri dans le cadre de la Documenta. J’avais l’impression parfois que ça n’avait duré qu’une journée. Cette expérience m’a permise de me rendre compte que le rapport au temps était quelque chose de très important dans une oeuvre, comme dans le cinéma qui est une « image temps ». C’est quelque chose qui est implicite aussi dans le féminisme, qui est un processus, quelque chose qui germe.

 

 

Quels artistes t’ont marqués à la Documenta ?  

 

 

Globalement, c’étaient des artistes qui font de la performance, ce qui est nouveau pour moi, comme celle de Basma Alsharif pour Hallucinations. Le fait d’être à la fois dans et en dehors de la mise en scène, comme si le naturel et l’artifice étaient au fond une même chose, m’a beaucoup touché. J’ai aussi beaucoup apprécié des oeuvres hors de la Documenta, comme A Hand’s Turn de Lenio Kaklea à Ahtens&Epidaurus Festival, ou la performance d’Alexandra Pirici Parthenon Marbles à la galerie State of Concept.

 

 

Comment avez-vous procédés pour tracer l’itinéraire ?

 

 

Je n’étais pas sur place pendant ce travail mais j’avais déjà un concept fort. Ça a été un travail d’équipe très agréable avec Théophile. Lui aussi a passé du temps à Athènes pendant deux semaines et on se comprenait bien. Comme je n’étais pas sur place, c’est lui qui est s’est renseigné sur l’identité de chaque lieu et qui s’est rendu sur place physiquement en premier.

 

 


Est-ce que ton séjour à Athènes a eu une influence sur la construction de ce parcours ?

 

 

C’est vrai que j’ai découvert beaucoup de lieux hybrides car il n’y a pas de structures institutionnelles comme en France. C’est de la débrouille, ce que l’on retrouve partout dans le monde, c’est vrai. Je pense notamment à un lieu à Athènes : « HYLE » qui est une sorte d’artists run space qui m’a donné le goût des lieux plus confidentiels et qui offrent certaines possibilités de ce fait. C’est pourquoi j’ai choisi des lieux assez petits. Ces lieux sont à taille humaine, même pour la Réserve qui compte plus de mètres carrés mais garde cet esprit.

 

 

Quelles sont les particularités de ces lieux ?

 

 

On peut prendre le temps et tout n’est pas réglé d’avance. Ce qui est étrange, c’est qu’ils ne font pas de médiation à proprement parler, donc les intégrer dans un parcours de médiation pose des questions d’identité. Je pense que les lieux choisis parlent d’eux même. L’objectif est de les faire voir pour ce qu’ils sont, des lieux pensés sans médiation. Ces structures peuvent parfois paraître opaques et pourquoi pas après tout. L’idée n’est pas de percer le mystère de ces lieux. Pas leur faire dire leur vérité à tout prix, pour un public qu’on imagine vouloir cela, mais simplement donner l’occasion d’y prendre goût.

 

 

Tu prends donc des risques avec ce parcours, non ? 

 

 

Je n’irais pas jusque-là. Plus généralement, ce qui est beau avec l’art, c’est que tu ne réussis pas à tous les coups mais ce n’est pas grave car il y a forcement des choses sur lesquels tu accroches. L’exposition «feu d’artifice», où tout est au poil, ne m’intéresse pas. Je pense que tant qu’il y a des points d’accroche, c’est bon. Dans ce parcours, il y a de la diversité, ça créé du relief. Pour les visiteurs il y aura forcement quelque chose qui ressortira à la fin de la journée car il y a beaucoup à voir.

 

→ Retrouvez le parcours de Nora Barbier et Théophile Merchadou Pineau pendant le WAC ici

 

 

L’un des lieux visibles durant le parcours pensé par Nora Barbier : Metavilla Nicole Tran Ba Vang