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interview

 

« Beaucoup de jeunes actifs de 30 ou 40 ans ont fait leur premier achat chez moi. C’est quelque chose qui me fait très plaisir car ils restent très fidèles.  »  « 

 

Anne-Laure Jalouneix tient une galerie du même nom qui a la particularité de ne jamais avoir de lieu fixe. Pour le WAC, elle nous invite à découvrir des oeuvres dans un espace inédit, un tout nouveau cabinet d’architecture au coeur de Bordeaux. Elle revient avec nous sur son parcours et son approche du marché de l’art international.

 

 

Comment as-tu découvert Bordeaux ? 
 

 

 

J’ai d’abord connu Bordeaux lorsque je suis revenue des Etats-Unis alors que j’étais en train de rédiger un mémoire sur Philippe Lorca Di corsa, photographe américain dans la mouvance de Nan Goldin.  A l’origine, la photographie est ma spécialité universitaire. Puis en 2011, j’ai rapidement rencontré beaucoup d’architectes dont le duo d’architectes bordelais Marjan Hessamfar et Joe Vérons, c’est eux qui ont réalisés l’hangar Billi à l’aéroport de Mérignac. Récemment, ils ont agrandi leur agence et ils ont trouvé un nouveau lieu où ils m’ont demandé de faire des expositions. C’était il y a déjà un an d’un an et là, c’est la première. 

 

Je choisis les oeuvres et l’artiste en fonction du lieu. Le travail d l’artiste doit correspondre au lieu qui m’invite. je cherche une forme de cohérence. 

 

 


Comment est-ce que tu as rencontré l’artiste Elissa Marchal que tu présentes ? 

 

 

C’est elle qui est venue à la galerie Rue Fondaudège. J’ai accepté de regarder car le regarde tous les dossiers mais j’ai rarement espoir de découvrir quelque chose de cette manière. J’ai toujours peur d’être déçu. Mais là, surprise, je me rends compte que l’on me présente le travail d’une jeune femme qui a été capable de renouveler l’art abstrait alors que je pensais que cette voix s’était arrêtée dans les années 60.

 

 

Quel est le fil conducteur dans tes choix d’artistes ? 
 

 

 

La galerie Anne Laure Jalouneix a été fondée sur le principe que les artistes doivent renouveler le médium qu’ils travaillent. C’est une perspective d’historienne de l’art que je suis. On peut mettre beaucoup de monde dans cette catégorie mais « à condition de renouveler le médium » et c’est possible sur tout support. Je lis beaucoup sur ces questions là d’ailleurs et plus je vieillis, plus je me rends compte qu’elle permet de conserver une forme de liberté. Elle permet de ne pas faire d’erreurs de jugement et de m’ouvrir à toutes les générations. Ainsi, j’ai pu accueillir Genevieve Boireau-Lassiaz qui renouvelle le médium de la photocopieuse. Je cherche l’innovation sachant que toute idée vient de quelque part. On peut répéter à condition d’amener quelque chose de soi. 

 

 

D’où te viens cette fascination pour le renouvellement ? 

 

 

Quand je travaillais chez Christie’s Londres, on renouvelle en permanence avec des oeuvres nouvelles tous les mois. Je faisais l’effort d’aller les voir au sous-sol. Au bout de 2 ans, j’éprouvais une lassitude sur certains artistes sauf pour deux d’entre eux Picasso et Dali. Et quand tu es gâtée, tu deviens difficile; mais les excellents restent excellents. Par exemple, Renoir a développé une pratique lui permettant de réaliser de sublimes chaires sous la lumière. Puis, j’ai travaillé au département art contemporain et nous avons contribué à son explosion au niveau mondial. 

 

 


Peux-tu nous parler de la particularité du travail d’Elissa Marchal ? 

 

 

C’est une artiste qui combine la toile et la sculpture en permanence. Lorsqu’elle fait de la sculpture, elle fait de la peinture et vice-versa. Que l’on soit en face ou sur le côté, il y aura plusieurs angles de vue. Là encore, l’artiste a mis au point une technique pour arriver à la finalité de son oeuvre. C’est des oeuvres qui travaillent sur une forme de réalité, du jour, de la nuit et de la lumière. On a différente perception de la lumière intérieure et extérieure. C’est des petits mondes en soi. Il y a aussi une forme de lenteur dans son procédé où elle peint ligne après ligne ce qui prend beaucoup de temps. Quand on est confronté à mes artistes, on a l’impression que c’est facile mais ce n’est pas le cas. Le travail de l’artiste est de nous faire croire que ça a été plus simple qu’il n’y parait.

 

 

Qu’est-ce que tu retiens de ton d’expérience dans le marché de l’art à Bordeaux? 
 

 

 

Je pense qu’il est obligatoire de faire du second marché à Bordeaux pour soutenir l’art contemporain, mais aussi de nourrir un dialogue avec les collectionneurs ici. Une de mes priorités est que mes artistes vivent de leur production et de leur art même sij’ai l’impression que je n’en fais jamais assez. 

 

 

Quelle est ta clientèle ? 

 

 

 

Je vends parfois aux bordelais mais aussi beaucoup à Paris et surtout partout dans le monde comme aux USA, en Australie, Suisse et en Allemagne. C’est bien la preuve que c’est possible en dehors. Beaucoup de jeunes actifs de 30 ou 40 ans ont fait leur premier achat chez moi. C’est quelque chose qui me fait très plaisir car ils restent très fidèles. Ce qui me touche beaucoup aussi, c’est ces artistes qui ont étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux dans les années 1960 et qui ont trouvés une galerie à Paris et qui continuent à avoir une actualité tout en s’intéressant aux autres artistes et aux plus jeunes. Par exemple, je pense à un artiste comme Francis Limerat qui est partageur, chaleureux et cultivé. 

 

 

Quelle sont tes gammes de prix ? 

 

 

Dans ma galerie, les prix commencent à 250 euros et vont jusqu’à 40.000 euros. Il y en a pour tous les porte-feuille. Je me rappelle de trentenaires qui ont commencé à acheter une première fois à 1000 euros et ils achètent maintenant à 4000 euros. En 20 ans de métier, je peux affirmer que les gens tombent amoureux en 5 secondes d’une oeuvre d’art, mon rôle est plus celui d’une accompagnatrice. Après, il y a des personnes qui nous font des commandes et on s’adapte au porte-feuille des clients. Par exemple, je propose des devis lorsque mes clients sont intéressés par un luminaire de Bastien Carré. Cet artiste a un travail d’artisan d’art. Il a inventé une technique d’une grande finesse proche de la joaillerie. Il fait parti de ce genre de designer qui aime cette idée du « faire ». Ils sont d’ailleurs qu’une dizaine à travailler la luminographie dans le monde. On peut s’offrir un lumière pour 1000 euros mais ça peut aussi grimper très haut. 

 

 

Peux-tu nous parler du lieu ce que l’on va découvrir au WAC ? 

 

 

 

L’agence d’architecture où j’expose les oeuvres a cette spécificité d’avoir une magnifique cour à l’extérieur où l’on va mettre la série des « bâtons » d’Elissa Marchal. La cour va être mon petit jardin royal à Bordeaux. Puis, il y a un autre jeune artiste de 20 ans CHAZ a qui nous avons confié un « mur d’expression » sur lequel il proposera un travail avec des végétaux, de la mousse ou du bois. C’est aussi une manière de remercier les architectes qui nous prêtent le lieu. 

 

 

A ton sens, quel est le point fort de cette réunion des acteurs du monde de l’art ? 

 

 

 

Je pense que le point positif que d’offrir la possibilité à tous les acteurs de l’art contemporain de se rassembler pour montrer la vivacité et surtout la diversité de l’art contemporain. En fait, quand je suis arrivée à Bordeaux, j’ai trouvé qu’il n’y avait qu’une forme d’expression représentée :  l’art conceptuel, et c’est tout, que l’on soit dans les structures associatives ou les institutions. Il y avait une sorte de ligne officielle. J’ai montré ça à beaucoup de marchands parisiens qui m’ont répondu : « Mais, ils n’ont a pas besoin de vivre à Bordeaux ». L’art conceptuel, je l’ai toujours vendu aux Suisses, aux Allemands. J’ai l’impression que notre public a tendance à ne pas s’y intéresser. Il suffit d’aller dans des lieux comme Paris, Londres ou New York pour comprendre que les galeries sont très diversifiées tout comme les institutions. En se rassemblant avec de nouveaux acteurs de l’art, c’est intéressant d’ouvrir de s’ouvrir à de nouvelles formes d’expression. Il y a 5 ans, il n’y avait qu’une seule proposition. Aujourd’hui, il y a en a de nombreuses.

 

 

→ Retrouvez toutes les informations sur la galerie Anne-Laurent Jalouneix pendant le WAC ici

→ Vernissage vendredi soir au 13 rue du Cancéra.

 

Elissa Marchal, 15 Bâtons, 2017