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interview

 

 » Alors Pierre Poumet, c’est « dandy sans chichi », tout en légèreté… En fait, j’ai jamais l’impression que les espaces se marchent sur les pieds. Il y a Irwin Marchal de Silicone avec des propositions très branchées science, biologie, optique etc …. mais très poétique… Pas chiant … Il a un côté très accueillant comme un bon restaurateur avec des menus très pointus mais qui tiennent au ventre.
Marc-Henri Garcia de 5UN7, c’est Cosmo Vitelli, Ben Gazzara, dans Meurtre d’un bookmaker chinois qui se fait emmerder pour des dettes de jeux par des mafieux. Un gérant de night-club qui tient une galerie en quelque sorte. « 

 

Nous avons rencontré Thomas Bernard qui travaille à la Galerie de la Mauvaise Réputation qui se trouve juste en face de la librairie du même nom au coeur du quartier Saint Pierre. Ensemble, nous avons parlé de son expérience au CAPC mais surtout de la toute nouvelle atmosphère qui se dégage à Bordeaux pleins de nouvelles têtes.

 

 

Peux-tu nous parler de votre programmation pour le WAC ?

 

 

Sur une idée de Franck, le boss de la galerie, Arnaud Labelle Rojoux a invité quatre jeunes artistes issus de la villa Arson qui lui paraissaient correspondre à l’esprit de La Mauvaise Réputation… Le nom de l’exposition est BADAAAASS. C’ est tiré d’un film de Melvin Van Peebles. Pour le WAC, il a aussi proposé une performance : « Le culte des Bannis III » qui est une sorte de panthéon d’artistes … Des artistes qui ne seraient pas à la marge mais qui ne seraient pas forcement reconnus dans leur champs d’activité. C’est un peu les poètes pour peintres, les peintres pour musiciens et les musiciens pour les cinéastes, etc … Du coup, pour clore tout ça, il a aussi proposé un concert d’un ancien étudiant des beaux arts de bordeaux ; Xavier Boussiron.

 

 


Quel est ton regard sur le WAC ?

 

 

Ce que j’ai trouvé super dans le WAC, c’est de rencontrer des nouvelles structures dont je n’avais jamais entendu parlé avant. J’étais content de découvrir les espaces comme Silicone, 5un7, Pierre Poumet .. On ne sait pas si le WAC est un one shot mais cet événement a créé des affinités avec des personnes et pourquoi pas créer des activités.

 

 

 

Tu es arrivé à Bordeaux depuis longtemps ?

 

Je suis né à Libourne, je connais donc bien le coin. Je me suis installé définitivement en 2011 quand on a déménagé les Requins Marteaux. dans la foulée je suis entré au CAPC pour monter la boutique du musée en 2012.

 

 

Quelle genre de dynamique as-tu voulu insuffler à ton arrivée au CAPC ?

 

 

Charlotte Laubard m’avait offert une carte blanche, elle me faisait confiance… C’était très agréable ! Elle m’a laissé choisir le nom, designer le logo et les meubles en collaboration avec les équipes techniques. Il fallait créer une boutique rentable, représenter le fond…. Faut dire que les 150 catalogues du CAPC n’avaient pas vu le jour depuis des années. Je crois qu’on a écoulé le catalogue de Présumé Innocent en 3 mois. Il fallait aussi constituer le fonds avec de nouveaux ouvrages, travailler avec des structures associatives locales, des éditeurs de bandes dessinés,des producteurs d’affiche et de sérigraphies pour créer des expositions dans la boutique etc …
Est-ce que tu trouves qu’il y a eu un changement dans le monde de l’art depuis que tu es arrivé ?

 

 

On a l’impression que la disparition de Thomas Bernard, l’autre, a fait un appel d’air. C’était une superbe dynamique mais curieusement, quand il est parti à Paris, j’ai vu pleins de structures plus jeunes se créer comme House of Aaart, Silicone, 5un7 etc … C’est des lieux hybrides qui se créent comme La Mauvaise Réputation avec la Librairie et la Galerie.

 

 

L’installation de la galerie en face de la librairie est récente non ?

 

 

L’espace de la galerie existait au fond de la librairie depuis 15 ans avec une superbe programmation. Il était important d’avoir un espace propre et dédié à la galerie pour attirer les collectionneurs et les visiteurs. Le local s’est libéré en face et les gars de La Mauvaise Réputation ont sauté sur l’occasion pour ouvrir une « vraie » galerie qui fêtera bientôt ses deux ans.

 

 

Est-ce qu’il y a un paradoxe bordelais dans le monde de l’art ?

 

 

Il y a une blague que me disait mon père. Il me disait : « Je pourrai avoir les yeux crevés, rien qu’en écoutant les gens parler, je sais que je suis à Bordeaux… Les gens n’arrêtent pas de se plaindre ! . ». C’est le far-west, il y a encore tout à faire certes, mais il y a vachement de propositions, quasiment tous les soirs. Je me suis retrouvé avec des cultureux qui disaient que la programmation culturelle était vide alors que j’allais à un concert au Novo local, et avant dj’avais vu un film à l’Utopia et une expo à Silicone. Encore, il y a peu de temps, j’étais à un vernissage à la galerie Eponyme aux Chartrons et je croise un gars qui me demande si je ne vais pas au vernissage de Pierre Poumet. Tiens, rien à voir mais , ce gars, Pierre, me rappelle Jonathan Richman en jean et t-shirt blanc.

 

 

Tu as l’air bon en comparaison. Et si on parlait des autres galeristes

 

 

Alors Pierre Poumet, c’est « dandy sans chichi », tout en légèreté… En fait, j’ai jamais l’impression que les espaces se marchent sur les pieds. Il y a Irwin Marchal de Silicone avec des propositions très branchées science, biologie, optique etc …. mais très poétique… Pas chiant … Il a un côté très accueillant comme un bon restaurateur avec des menus très pointus mais qui tiennent au ventre.
Marc-Henri Garcia de 5UN7, c’est Cosmo Vitelli, Ben Gazzara, dans Meurtre d’un bookmaker chinois qui se fait emmerder pour des dettes de jeux par des mafieux. Un gérant de night-club qui tient une galerie en quelque sorte.

 

 

Que penses-tu du WAC en tant que volonté municipale ?

 

 

La prochaine fois, ce serait intéressant que l’initiative vienne des galeries vers la mairie et pas l’inverse. Concernant le financement,toutes les structures sont précaires donc c’est normal que la répartition soit compliquée… C’est comme si tu balançais une entrecôte au milieu des coyotes affamés. Comment résoudre le problème ? Peut-être que les structures qui ont des affinités pourraient se fédérer ensemble pour se positionner collectivement…

 

 

Propos recueillis par Maylis Doucet.